Pourquoi Renault accélère à son tour dans l'hydrogène

(Paris, le 3 février 2021)

Surprise. Juste avant la présentation "Renaulution" par Luca de Meo, en janvier, la marque au losange a annoncé un partenariat avec un fabricant américain de piles à combustible. Un signal encourageant pour la filière, mais qui a aussi suscité le trouble. Ce n’est pas la première fois qu’un industriel de l’automobile se rapproche d’un fabricant de piles à combustible. Bosch l’a fait avec le suédois Powercell, tandis que le français Plastic Omnium a constitué récemment une coentreprise avec l’allemand ElringKlinger. La démarche est plutôt inhabituelle de la part d’un constructeur automobile. Et le fait que Renault ait choisi un acteur américain est encore plus étonnant. Sur le papier, c’est plutôt bien vu: PlugPower fournit sa technologie à des géants comme Amazon (qui a une part du capital) pour ses chariots élévateurs et connaît bien la mobilité lourde pour collaborer avec Gaussin (engins de manutention) et propulser à l’hydrogène des véhicules industriels qui évoluent dans les entrepôts de BMW et Daimler. Sa chaîne de traction GenDrive couvre des besoins qui vont du chariot autoguidé en usine au camion.

En revanche, l’annonce fait sans doute grincer des dents chez Symbio. Cet acteur français travaille avec Renault depuis 2014 et fournit des range extender sur les utilitaires de la marque (Kangoo Z.E et maintenant Master Z.E). D'abord considéré comme un petit poucet, le fabricant est passé à une taille critique en devenant une filiale de Michelin, puis une coentreprise entre Bibendum et Faurecia. Le programme Kangoo Z.E Hydrogen est maintenu, mais la suite se fera sans Symbio chez Renault. Précisons que le même Symbio a été retenu par PSA pour équiper les futurs utilitaires à hydrogène qui vont arriver à la fin de cette année.

Renault a-t-il pris ombrage de ce deal ? Ou bien, a-t-il voulu se doter d’un partenaire pour acquérir sa propre expertise ? Le fait est que la marque a losange n’avait pas spécialement la compétence jusqu’à présent en interne. Du temps de Carlos Ghosn, Nissan travaillait sur l’hydrogène (sans le dire trop fort) et Renault sur la batterie. Le sujet est revenu sur la table lors de l’arrivée de Jean-Dominique Senard, en provenance de Michelin et familier de cette thématique. En tout cas, le nouveau patron Luca de Meo valide ce choix. Il a fait référence à l’hydrogène dans son plan Renaulution et cette énergie s’inscrit dans le leadership que vise le groupe dans l’électrique.

Ce qui est malin, c’est que Renault va plus loin qu’une simple coopération technique. La marque au losange entend proposer avec son partenaire une offre de services unique sur le marché : des solutions complètes et clés en main, comprenant à la fois la fourniture de véhicules à hydrogène, des stations de recharge, du ravitaillement en carburant, ainsi que des services adaptés à ces nouveaux besoins. Avec ses deux constructeurs nationaux engagés dans le véhicule à hydrogène (en parallèle de leurs efforts dans l’électrique à batterie), la France est en tout cas dans le bon tempo. Et cela montre au passage qu’il n’y a pas de solution unique pour décarboner.

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(Paris, le 3 février 2021)

Surprise. Juste avant la présentation "Renaulution" par Luca de Meo, en janvier, la marque au losange a annoncé un partenariat avec un fabricant américain de piles à combustible. Un signal encourageant pour la filière, mais qui a aussi suscité le trouble. Ce n’est pas la première fois qu’un industriel de l’automobile se rapproche d’un fabricant de piles à combustible." data-share-imageurl="">