Ces régions qui poussent l'hydrogène

 

(Paris, le 28 juillet 2020)

Alors que le gouvernement réfléchit à un plan, dans la lignée de ceux qu’ont annoncés l’Allemagne et plus récemment l’Europe, les régions enclenchent déjà sur le terrain les leviers permettant d’élaborer une infrastructure et de démarrer un marché de la mobilité. Lors de son interview du 14 juillet, le Président de la République a évoqué une future filière de l’hydrogène dans l’automobile. Il en avait déjà dit un mot (sans trop développer) quand il avait présenté le plan de relance du secteur, le 26 mai dernier. Mais pour l’heure, ce sont les collectivités qui sont à la manœuvre.

. L’une des plus avancées est la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il faut dire qu’elle concentre 80 % de la filière de l’hydrogène. D’une envergure sans précédent au niveau européen, le projet Zero Emission Valley (ZEV) va permettre l’accélération significative de la mobilité hydrogène en France. Il prévoit le déploiement d'ici fin 2023 de 20 stations H2 et de 1 200 véhicules professionnels à hydrogène. Une première station a déjà été implantée à Chambéry. Récemment, une commande groupée de 14 stations a été passée à un consortium (groupement d'entreprises MAT, constitué de McPhy, Atawey et TSM). La mise en œuvre de ce plan ambitieux est assurée par la société Hympulsion (qui compte notamment à son capital Engie, Michelin et le Crédit Agricole).

. La Normandie, qui compte 5 stations, en a 9 en projet dans le cadre du projet EASD-Hymob. Et les appels à projets lancés par l’ADEME ont permis de labelliser des projets qui vont faire éclore des stations (avec de l’hydrogène vert) et faire rouler des véhicules (utilitaires, taxis, camions, bus).

. Il y a même des régions qui ont voté des plans ambitieux sur 10 ans. C’est le cas par exemple de l’Occitanie, qui a décidé d‘investir 150 millions d’euros. Le projet le plus emblématique, Hyport, vise à faire des aéroports de Toulouse-Blagnac et de Tarbes de véritables hubs avec de la production sur place et de la distribution d’hydrogène vert. Un autre projet, Corridor H2, vise à jeter les bases d'un couloir européen nord-sud zéro émission, destiné au transport routier. Il cible une douzaine de stations. Précisons par ailleurs que la région a prévu des aides à l’acquisition de véhicules à usage professionnel. Qu'elle soit privée ou publique, la flotte doit servir pour le transport de personnes ou de marchandises. La liste comprend les véhicules utilitaires, les poids lourds (camions, bennes à ordures), les bus, cars, taxis, vélos, mais aussi les navettes fluviales et barges maritimes, ainsi que les chariots-élévateurs. L’aide proposée sera de type subvention avec un taux maximum de 50 % du surcoût. Elle sera cumulable avec d’autres aides. Toutefois, elle est soumise à des conditions. Les porteurs de projets devront avoir identifié à proximité soit une station existante de distribution d’hydrogène majoritairement vert, soit une station en projet. Par ailleurs, ils doivent s'engager sur un retour d’informations, avec la mise en place d’un suivi de la consommation d’hydrogène et des kilomètres parcourus par les véhicules pendant une durée minimale de trois ans.

. La Région Sud a décidé également de mettre en place un dispositif d’aide à l’acquisition de véhicules à émissions faibles ou nulles par les professionnels. La mesure s'inscrit dans le cadre du programme "Une COP d'avance". En complément des actions de la Région, pour le déploiement de bornes de recharge et de stations d'hydrogène (à travers l’appel à projets régional « Zéro émission sur routes »), ce dispositif valable pour une durée de 3 ans se fixe un objectif annuel d’aide à l’acquisition de 250 véhicules. Le montant de l’aide peut atteindre jusqu’à 15 000 euros.

. Plus récemment, la région Pays de la Loire a adopté un plan de relance avec 100 millions consacrés à l'hydrogène. C'est un budget conséquent qui est d'un montant similaire aux fonds (100 millions par an) prévus initialement dans le plan Hulot… Programmé sur 10 ans, ce plan vise à assurer une production d'hydrogène vert et sa distribution, avec les usages qui vont avec. La région Pays de la Loire souhaite se doter de 15 stations de production et de distribution d'hydrogène vert. Elle va aussi aider à l'acquisition pour les professionnels de 5 000 véhicules à hydrogène (l'objectif est de 13 000 en 2030). Autres projets : une liaison en autocar à hydrogène (ligne Aléop), une navette maritime vers l'île d'Yeu et l'expérimentation d'un TER à hydrogène sur la ligne Alençon-Le Mans-Tours. Localement, la région va s’appuyer sur l’ACO (Automobile Club de l’Ouest) qui exploite une station à hydrogène face au circuit des 24 H du Mans et sur la société nantaise Lhyfe qui va produire de l’hydrogène vert à partir d’éoliennes en Vendée.

. Et puis en Bretagne, une nouvelle initiative va se mettre en place. L’intercommunalité de Redon agglomération (Ille-et-Vilaine) a été labellisée par un Contrat de transition écologique (CTE) et va recevoir un coup de pouce de l’État pour ses projets autour de l'hydrogène. Une station de distribution et une usine de production de véhicules à hydrogène devraient bientôt voir le jour sur le territoire, à l'initiative de la start-up H2x Systems. Celle-ci propose un écosystème réplicable qui vise à créer de l’hydrogène décarboné, à partir des ENR, et d'offrir une solution de mobilité pour tous grâce à une voiture fonctionnant à l'énergie solaire et à l'hydrogène. D’ici 2023, H2x systems prévoit de produire 100 véhicules à hydrogène par an. Ces véhicules, utilisant une technologie de châssis allégé développée par la start-up bordelaise Gazelle Tech, seront disponibles en autopartage (en free floating) ou avec chauffeur. Ils seront assemblés sur le territoire, avec à la clé, plus d’une cinquantaine d’emplois d’ici 2029. L'hydrogène vert fera également tourner les chariots élévateurs des entreprises, les camions de collecte des déchets, ou encore les autocars scolaires. Il pourra aussi restituer de l'énergie dans le réseau électrique du pays de Redon pendant les pics de demande.

Autant de projets qui montrent le dynamisme des collectivités locales et leur volonté de passer à l’hydrogène. En attendant que l'Etat fasse de l'hydrogène, comme en Allemagne avec ses 9 milliards d'euros, une cause nationale.