Le "bon" VO existe-t-il ?

Le 21 février 2013, la table ronde annuelle organisée par l’OVE et animée par le journaliste Stéphane Soumier a tenté de répondre à cette question : dans notre pays, le marché de l’occasion représente plus de deux fois le marché du véhicule neuf, soit près de 5,4 millions d’unités en 2012. Relativement stable, si on le compare à la dégringolade des ventes du neuf (-12% en ce début d’année 2013), il enregistre néanmoins un léger recul (-3% en février). Et ce sont les véhicules de trois à quatre ans d’âge qui marquent le repli le plus important.

Un secteur encore mal connu

Volatil, complexe, difficile à cerner, le marché du VO a longtemps été dé­laissé. Mais la crise du pouvoir d’achat, les changements de comportement des acheteurs et les valses hésitations de nos gouvernants font que les pro­fessionnels, comme les medias ou le grand public, s’y intéressent désormais de très près. La rencontre du 21 février dernier fut l’occasion de faire un vaste tour d’horizon sur cette nébuleuse. Et de tenter de répondre à cette question : « Qu’est-ce-qu’un bon VO ? » « Oui, qu’est-ce qu’un bon VO ? » s’interroge en écho l’un des participants, Serge Rivals, directeur commercial d’Alcopa Auction, société spécialisée dans la vente aux enchères de véhicules d’oc­casion. Pour lui, ce point est au cœur du débat : « J’ai beau avoir plus de 15 ans d’expérience dans la vente aux enchères de VO, explique-t-il, je sais une chose, c’est qu’un bon VO pour moi n’est pas forcément un bon VO pour un loueur comme Arval, un concessionnaire comme Renault, un constructeur comme PSA, un spécialiste de la revente sur Internet, ou tout simplement un client potentiel ! » L’animateur du débat, Stéphane Soumier, entame alors son tour de table.

Sept ans pour «fabriquer» un VO

« Pour nous, PSA, un bon VO se prépare sept ans à l’avance, révèle Olivier Bodet, directeur B2B du Groupe. C’est dès la définition d’un nouveau produit que l’on crée sa deuxième vie. La réflexion que l’on doit avoir à ce moment-là est très importante. Si importante que nous avons jugé opportun de créer une petite équipe pour faire le lien entre la direction des projets et l’utilisateur final. Objectif : ramener les choses à un résultat économique, définir les impacts de telle ou telle solution technique sur le futur TCO, comprendre les facteurs qui pourront à terme accroître ou pénaliser la valeur résiduelle de ce nouveau véhicule. »

Philippe Noubel, directeur général délégué d’Arval, s’empresse de confirmer ces propos. Confronté à la probléma­tique de la revente des véhicules arrivés en fin de contrat, il affirme que « c’est la garantie d’une seconde vie qui permet à un véhicule d’avoir une première vie ». Autrement dit, un véhicule dont la revente risque d’être difficile s’auto-pénalise tout seul au moment de sa sor­tie. « Nous aussi, nous travaillons avec les constructeurs pour imaginer ce que le consommateur aura envie d’acheter dans sept ans, précisait-il. L’une de nos missions est de bien anticiper afin d’éviter de nous retrouver un beau jour avec des véhicules invendables ; nous tâchons d’expliquer aux marketeurs que tel choix de couleur n’est pas forcément judicieux, que tel équipement oublié sera hyper pénalisant, et qu’a contrario telle option sera valorisée trois ou quatre fois par les futurs clients de véhicule d’ occasion... ».

Rassurer les clients, une priorité

«Fabriquer» un bon VO ne s’invente pas, c’est un vrai métier qui fait appel à la technicité, la rigueur, l’écoute, et le bon sens. « Aujourd’hui les clients sont aussi exigeants vis-à-vis des VO que des VN, confie Jacques Alvergnas, directeur d’Alvergnas Automobiles, qui vend plus de 5 000 VO chaque année. A nous de les sécuriser, de les rassurer, de leur donner confiance, en leur parlant de traçabilité ou en leur montrant des carnets d’entretien parfaitement remplis. Les clients ne sont plus prêts à faire des compromis ; ils veulent savoir, connaître l’historique du véhicule et pouvoir rouler sereinement avec une garantie, des engagements, une sécurité. » Un point de vue confirmé par un autre «grand» de la vente sur Internet, Jérôme Ponsin de La Centrale : «en quelques années, les constructeurs ont multiplié par 10 le nombre de versions d’un même véhicule ; il y a de plus en plus de modèles, de segments, de sous-segments, d’options, l’offre est pléthorique ; pensez que nous référençons 10 000 produits différents par an ! Aussi les gens sont perdus : comment s’y retrouver ? A nous effectivement de les rassurer, les conseiller, les accompagner. Et également de mettre en garde les constructeurs sur les risques de l’hyper personnalisation : savez- vous qu’à la sortie de la DS3, sur les 1 000 premiers modèles commercialisés, seuls sept étaient identiques ! Et je ne parle pas de l’Opel Adam qui promet qu’on ne rencontrera jamais deux fois la même finition... ».

Un avenir incertain

On achète pourtant aujourd’hui trois fois plus de VO que de VN. « Seuls les vieux et les entreprises achètent du neuf. Les jeunes, eux, achètent du vieux ; il faut se rendre à l’évidence, dans notre pays la voiture ne fait plus rêver les nouvelles générations, révèle Eric Champarnaud, vice-président du BIPE. Le VO a changé d’image, ce n’est plus un véhicule au rabais ; il est d’ailleurs intéressant de constater que les critères d’achat ont eux aussi évolué : des notions telles que l’image de soi, le statut social, la fierté d’appartenance ou le désir de nouveautés jadis en tête de liste, arrivent désormais très loin. » Les progrès en matière de fiabilité et de durabilité, les initiatives prises par les constructeurs, les efforts des concessionnaires ont également contribué à dédiaboliser le VO. Les labels Garantie OR, Prix Futé, Citroën Select, BMW Premium, Occasion du Lion, etc., enrichis de multiples engage­ments accroissent la confiance et créent de l’appétence. « De toutes façons, un véhicule de 120 000 km et de 5 ans d’âge n’a plus rien à voir aujourd’hui avec ce qu’il était hier » rappelle Philippe Noubel. Les véhicules « bien travaillés » voient leur valeur de revente augmen­ter ; quand une voiture « normale » ne vaut plus que 40% du prix du neuf au bout de quatre ans, une voiture bien conçue, bien finie, peu sensible à la mode, dotée des équipements corres­pondant à son segment, résiste beau­coup mieux. Si, en plus elle porte le logo d’une marque premium – ou d’une marque low cost – elle cotera beaucoup plus. « Sa dépréciation sera plus faible, et je ne vous cache pas qu’en tant que loueur longue durée ce paramètre nous intéresse au plus haut point. N’oublions pas en effet qu’une grosse partie du coût d’usage est constituée par la dépréciation du véhicule au cours de sa détention. »

Roulerons-nous tous demain en VO ? Peut-être... quand on voit que même les véhicules très kilométrés trouvent aujourd’hui preneur dans notre pays. Les autorités ne sont pas les dernières à s’en inquiéter, elles qui recherchent une solution miracle pour aider le parc à se renouveler plus vite. Prime de recon­version ? Diesel au prix de l’essence ? Interdiction aux véhicules anciens de pé­nétrer dans les centres villes ? Les pistes sont nombreuses mais « l’Etat ne peut pas tout ! » Peut-être faut-il se rappeler, comme le soufflait Eric Champarnaud avec une grande logique : « un VO ne se fabrique pas ex nihilo, qui dit deuxième vie dit forcément première vie, et donc véhicule neuf. A un moment ou un autre, à défaut de VN, il n’y aura plus de VO. Alors ne désespérons pas ! »

Philippe Grand

A noter : la conférence du 21 février s’est ouverte par une passionnante intervention de l’économiste – et opti­miste – Nicolas Bouzou qui a su rassu­rer son public en déclarant notamment que « non décidément, l’automobile n’est pas morte même si elle est en pleine mutation ! » (lire l’article sur le sujet en cliquant ici).

De l'influence de la couleur sur la revente d'un VO

En Europe, 74% des voitures vendues sont noires, grises ou blanches. Et les spé­cialistes de l’occasion le disent dans leur jargon : « l’avantage du blanc, c’est qu’il n’interdit pas la vente ». Couleur (ou non couleur) passe-partout, indémodable, sans risque, le blanc occupe une place prépondérante dans les parcs d’entreprises. « Lors de sa revente, une voiture à la couleur trop originale aura plus de difficultés à trouver preneur ; bien souvent il faudra diminuer son prix de 10 à 25 % pour la faire partir » confie Serge Rivals, directeur commercial d’Alcopa Auction, société spécialisée dans la vente aux enchères de véhicules d’occasion.

Forts de ce constat, faut-il tous passer au blanc ? « Le problème des couleurs comme de l’excès de personnalisation est complexe ; pas facile d’y voir clair quatre ou cinq ans à l’avance. Or notre métier est d’anticiper, la valeur de revente étant un élément fondamental du TCO. Aussi nous préconisons aux gestionnaires de flottes de prendre le moins de risques possible» témoigne Philippe Noubel, directeur général délégué d’Arval.