Renault va-t-il rejoindre l'Airbus des batteries?

(Paris, le 9 juillet 2020)

Lors de la dernière assemblée générale, qui a eu lieu le 19 juin à huis clos, le patron de Renault, Jean-Dominique Senard, a réaffirmé que « Renault est favorable » à cette fameuse coalition européenne dans les batteries. Elle « est intéressante », d’après lui. Mais, il a souligné aussi qu’il faut « multiplier les sources d’approvisionnement de batteries pour être performant ». Rappelons que le losange collabore avec LG Chem, un fabricant coréen qui lui fournit une batterie capable d’assurer 400 km d’autonomie sur la ZOE.
De son côté, Nissan a fait le choix de se rapprocher d’un fabricant chinois de batteries. Il a pour nom Sunwoda. Un accord devrait être conclu d’ici la fin de l’année pour équiper les modèles dotés de la technologie e-Power (un système combinant le moteur électrique et un petit moteur thermique pour recharger la batterie). Même si cela ne concerne pas les véhicules 100 % électriques, c’est une indication intéressante. Il faut rappeler que, dans le cadre de la nouvelle stratégie de l’Alliance, Nissan sera le chef de file sur les motorisations des futurs modèles électriques développés sur des plateformes dédiées.
Accessoirement, on peut rappeler aussi qu’il y a deux ans, Alliance Ventures, le fonds de capital-risque de Renault-Nissan-Mitsubishi, a participé au financement d'Enevate Corporation. Basée à Irvine (Californie), la start-up a conçu une batterie lithium-ion révolutionnaire. Grâce à sa technologie XFC-Energy, il suffirait de 5 minutes pour la recharger à 75 %. La fabrication pourrait démarrer d’ici 2024 chez Enevate, qui collabore avec d’autres constructeurs et des fabricants de batteries. La solution vise aussi à réduire les coûts et à améliorer la sécurité, tout en se montrant compatible avec diverses architectures de batteries.
Renault a-t-il vraiment intérêt à s’impliquer dans des batteries en Europe ? Lui qui n’a jamais joué la carte tricolore pour les batteries, que ce soit du temps de Dassault ou de Bolloré ?
Le projet franco-allemand d'Airbus des batteries est né en décembre 2018, sur la base de la European Battery Alliance (EBA). Pour le moment, il a débouché sur la création, en janvier dernier, d'une coentreprise ACC (Automotive Cells Company), formée par Total (via sa filiale Saft) et le groupe PSA. La société, qui a reçu en février le feu vert de la commission européenne, a pour objectif de produire des batteries pour un million de véhicules par an en Europe, soit près 10 à 15 % du marché, d'ici à 2030.
En Allemagne, il existe aussi plusieurs consortiums impliquant BMW, PSA (via Opel) ou encore le groupe BASF. L'ensemble de ce programme nécessitera près de 5 milliards d'euros d'investissements, dont 1,3 milliard sera apporté par les gouvernements français, allemand, et d'autres pays de l'Union européenne dans le cadre d'un "projet prioritaire d'intérêt européen"(IPCEI).
Cela dit, cela n’empêche pas les constructeurs allemands de faire cavalier seul. BMW a un accord avec le chinois CATL et Volkswagen prépare une giga factory avec le suédois Nortvolt. Le même acteur lorgne également du côté des start-up, comme l’américain QuantumScape dans lequel il vient d’injecter 200 millions de dollars (il en avait déjà mis 100).

Le gouvernement français aimerait bien voir les industriels nationaux de l’automobile produire leurs véhicules électriques dans l’hexagone. Ce sera une réalité pour les moteurs, tant chez Renault que pour PSA. Mais pour les batteries, cela reste à voir, d’autant que les constructeurs ne se reposent en général pas, sur un seul fournisseur.