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CES Las Vegas: du rêve à la réalité

 

(Paris, le 17 janvier 2020)

Considéré comme un salon de l’auto bis, et très axé sur la technologie, le Consumer Electronics Show (CES) fait rêver. Mais, il y a aussi des solutions plus réalistes que d’autres et de véritables innovations pour demain. L’Arval Mobility Observatory était sur-place et présente quelques-uns de ces « coups de cœur ».

Le concept Mercedes dérivé du film Avatar, la voiture électrique développée par Sony et le taxi volant de Hyundai ont fait le buzz à Vegas. Il en est de même pour la BMW i3 Urban Suite avec son intérieur transformé en lounge, qui permet au passager de s’allonger à l’arrière pendant qu’il est conduit par un chauffeur ou via l’intelligence artificielle. Mais ces véhicules ne verront a priori pas le jour, ou en tout cas pas tout de suite.

En revanche, il y a des bonnes idées qui peuvent être appliquées tout de suite. C’est par exemple le cas du pare-soleil intelligent de Bosch. Ce système a été développé par des ingénieurs américains du groupe dans le cadre d’un concours interne. Partant du constat que l’éblouissement serait une cause majeure d’accident, loin devant le brouillard ou le verglas, l’équipementier a eu l’idée de se servir d’une caméra, tournée vers le conducteur, afin d’évaluer le niveau de vigilance. En cas de problème, un signal est envoyé pour activer un pare-soleil high-tech. Il s'agit d'un large écran transparent, positionné en haut du pare-brise. Il contient des cristaux liquides qui peuvent devenir opaques et protéger ainsi du soleil. L’avantage de cette nouvelle solution est que seule la zone balayée par le soleil est obscurcie. Le conducteur peut ainsi continuer à voir toute la zone qu'aurait cachée un pare-soleil classique.

Toujours dans le domaine de la sécurité, Valeo a présenté au CES de Las Vegas un logiciel baptisé Valeo Move Predict.ai. En étudiant les images transmises par les caméras intégrées dans la voiture, l’équipementier affirme pouvoir détecter les intentions des piétons et autres usagers vulnérables (cyclistes, utilisateurs de trottinettes) entrant dans le champ de vision. L’algorithme repose sur l’analyse de leurs mouvements et de leur attention. De quoi permettre d’alerter le conducteur en cas de danger ou d’améliorer les performances du freinage d’urgence automatique.

Nous avons bien aimé aussi les messages venant s’afficher à l’arrière du véhicule sous forme de bandeaux lumineux. Le groupe FCA, futur partenaire de PSA, présentais ainsi sur le concept Fiat Centoventi comment la voiture est capable de prévenir les usagers qui suivent avec des annonces comme « bébé à bord », ou « ne me suivez pas, je suis perdu aussi ».

Du côté de chez Renault, on propose de faire le lien entre la maison connectée et la voiture. La marque au losange a collaboré avec Otodo, une start-up française spécialisée dans la domotique. Au CES, les deux partenaires ont mis en avant une application accessible depuis le tableau de bord. L’idée est de pouvoir éteindre les lumières, baisser le chauffage ou encore fermer les volets quand on s’en va. Et de faire l’inverse quand on rentre du travail. L’interface se limite à deux boutons sur l’écran de bord pour piloter, d’une seule impulsion, tous les équipements connectés du domicile. Cette innovation sera proposée aux clients dès cette année. La maison connectée, c’était d’ailleurs le thème majeur cette année du salon. Une maison qu’entendent contrôler les géants de la Silicon Valley, dont Google, qui a montré au CES qu’il pouvait piloter à la voix tout un tas d’objets, de la télévision jusqu’à un robinet.

En matière d’électrification, Nissan a développé une nouvelle technologie de commande intégrale bimoteur appelée e-4ORCE. La technologie fournit un couple instantané aux quatre roues pour offrir une puissance et une tenue de route équilibrées à égalité avec de nombreuses voitures de sport haut de gamme. La technologie est née des enseignements tirés du développement du système de répartition du couple ATTESA E-TS de la Nissan GT-R et du système intelligent 4X4 de la Nissan Patrol. Les ingénieurs ont développé la technologie e-4ORCE spécifiquement pour gérer la puissance de sortie des véhicules électriques et les performances de freinage pour qu'elles soient fluides et stables. Le système augmente la confiance du conducteur en respectant fidèlement la trajectoire prévue par le conducteur grâce à une commande de ultra-haute précision du moteur et des freins. Avec la confiance nécessaire pour gérer une grande variété de surfaces de route, même pour les conducteurs novices sur des surfaces glissantes, la conduite devient plus agréable.

Enfin, Renault est venu présenter un utilitaire à hydrogène : le Master Z.E Hydrogen. Il s’agit d’une version électrique dotée en plus d’une pile à combustible pour doubler l’autonomie. La technologie est française, puisque cet équipement est conçu par Symbio, une filiale de Michelin, et dont l’autre actionnaire est l’équipementier Faurecia. C’est d’ailleurs sur son stand que ce véhicule était présenté. Nous avons pu rouler avec cet utilitaire qui se conduit comme un véhicule électrique classique. La différence, c’est qu’on refait le plein en trois minutes de son réservoir d’hydrogène, alors qu’il faut plus de temps pour recharger les batteries. C’est une solution adaptée pour les flottes de professionnels.  La sortie est prévue dans le courant de l’année 2020.

Bornes de recharge: plus performantes et plus nombreuses

(Paris, 24 décembre 2019)

L’infrastructure de charge se développe en France, puisque l’on compte désormais une borne de recharge pour 7 VE en France. On voit apparaître de nouvelles bornes rapides, voire ultra rapides, sachant qu’elles intègrent aussi plus d’intelligence et une connectivité au cloud. Fin décembre, selon l’Avere, la France comptait 28 666 points de recharge accessibles et ouverts au public. Un chiffre en augmentation de 15 % par rapport à l’an passé. Avec plus de 200 000 voitures électriques en circulation, le pays dispose désormais d’1 point de recharge pour 7,4 automobiles. La France est donc une bonne élève, sachant que l’Europe préconise 1 borne pour 10 véhicules.

Il est à noter que les points de charge accélérée (entre 14 et 22 kW) accessibles au public sont au nombre de 18546 en France. Ils représentent 65 % de l’ensemble du parc français et leur nombre a progressé de +16 % en un an. En revanche, le nombre d’installations rapides (entre 24 et 130 kW) a augmenté de + 26 % sur 2019. Il s’établit à 2 551 points (soit 9 % du parc). On remarquera que l’Allemagne, partie plus tard, en est déjà à plus de 20 000 bornes. Pour sa part, l’ACEA (association européenne des constructeurs automobiles) pousse l’Europe à investir davantage car il faut assurer aux futurs clients de VE et d’hybrides rechargeables qu’ils pourront recharger aisément.

Les constructeurs participent à l’effort d’équipement

Tout comme au Japon, les constructeurs automobiles participent financièrement à l’équipement. Si Nissan a montré la voie dans la charge rapide, ce sont les constructeurs allemands qui poussent le réseau ultra-rapide Ionity. La structure regroupe Audi, BMW, Daimler, Porsche, Volkswagen, mais aussi Ford et depuis peu Hyundai et Kia. L’objectif est de déployer 400 bornes d’ici 2020 avec des puissances de 150 à 350 kW, capables de refaire le plein en 15 mn pour les plus performantes. Les bornes du réseau Ionity sont reconnaissables à leur éclairage à LED et se caractérisent par une interface homme-machine évoluée (avec des écrans et un menu en plusieurs langues) et une hot line dédiée. Quelque 140 stations sont déjà en service, dont quelques-unes en France. 

Les constructeurs lancent leur offre de recharge

De façon classique, le groupe Volkswagen lance l’ID. Charger, une borne de recharge destinée aux particuliers et pour le domicile. Mais, il existe aussi une version connectée, l’ID. Charger Connect. Elle propose une connexion au réseau domotique et au smartphone, via le Wi-Fi ou la 4G. En outre, la version ID. Charger Pro pourra contrôler avec précision le prix du kWh pour une meilleure facturation. Volvo Car France s’est associé à ChargeGuru, expert de l'installation de bornes de recharge, et à Zeplug, spécialiste de la recharge en copropriété. A destination des particuliers et des entreprises, l’offre facilite l’accès à la recharge pour les clients de modèles hybrides rechargeables. Elle peut être sélectionnée depuis le site du constructeur. En ligne, on peut commander le service, réserver l’intervention d’un électricien qualifié, et même faire une demande de subventions ou encore passer commande d’un câble de recharge.

Plus original, Honda va proposer de brancher sa voiture électrique (la Honda e) sur des lampadaires en l'absence de bornes. En partenariat avec le spécialiste de la recharge Ubitricity, la marque japonaise a développé une solution qui permet d’y installer des points de charge, tandis qu’un câble unique doté d'un dispositif de compteur mobile permet de facturer l’électricité directement sur le compte du client. Et ce, sans avoir à souscrire à des abonnements auprès de plusieurs fournisseurs.

Nissan et EDF accélèrent dans le V2G

C’est un petit événement : Nissan et EDF ont signé cet automne un accord de coopération visant à accélérer ensemble le déploiement de la recharge intelligente des véhicules électriques. Il s'applique à la France, au Royaume-Uni, à la Belgique et à l'Italie. Et il signe l'avènement du V2G (Vehicle 2 grid). Selon ce schéma, l'énergie accumulée dans les batteries des véhicules électriques peut également être utilisée pour les propres besoins énergétiques des entreprises ou du réseau électrique. C’est aussi une façon de faciliter l'intégration des énergies renouvelables, dont la production est intermittente. Concrètement, l'énergie stockée dans un véhicule électrique, comme la Leaf et le véhicule utilitaire e-NV200, peut être revendue au réseau par le client, générant au passage des revenus supplémentaires. 

Mercedes parie sur l'électrique avec un SUV

(Paris, le 23 décembre 2019)

On croit toujours que les Allemands sont en retard sur l’électrique, alors qu’il se vend désormais plus de voitures électriques outre-Rhin qu’en Norvège et que le pays compte plus de bornes électriques que la France. En matière d’offre de véhicules 100 % électriques, Mercedes avait déjà fait une incursion sur le marché avec la Classe B. Une version Electric Drive a été lancée à la fin de 2014. Mais ce modèle n’a pas marché, avec moins de 4 000 exemplaires vendus en deux ans.

Depuis, la forme à l’étoile a lancé une stratégie plus agressive. Son label technologique EQ désigne à la fois des produits et des services autour de l’électromobilité. La gamme comprend à la fois des véhicules électriques (EQC en VP, EQV chez les VU), des hybrides rechargeables (EQ Power) et la micro-hybridation 48 v (EQ Boost). L'EQC marque en tout cas le début d'une nouvelle ère. Et c’est pour cela que le constructeur propose une édition 1886, particulièrement bien équipée. C'est un clin d’œil à la Benz Patent-Motorwagen, un engin à trois roues considéré comme la première voiture de l’histoire, et qui date de cette époque.

C’est donc avec un SUV assez imposant de 2,5 tonnes que Mercedes entend concurrencer à la fois l’Audi e-tron et les Tesla. Ce 4x4 reçoit deux moteurs électriques développant une puissance de 408 ch. L’EQC met à peine 5 secondes pour accélérer de 0 à 100 km/h et délivre un couple de 760 Nm. Pour alimenter ces moteurs électriques (un sur chaque essieu), la marque a intégré une batterie de 80 kWh. Celle-ci permet d'atteindre jusqu’à 400 km en autonomie, en fonction du style de conduite. Sa recharge peut se faire en 40 minutes sur une borne rapide. Il est à noter que le rayon d'action peut être préservé grâce à l'apport du système de navigation qui va optimiser l'itinéraire en fonction du profil de la route et de la présence de bornes. On peut aussi récupérer un peu d’autonomie en sélectionnant le degré de récupération d’énergie avec les palettes au volant. Attention d’ailleurs, car il suffit de lever le pied pour décélérer très fort en ville quand on choisit le réglage maxi. Dans ce cas, on peut très bien se passer de la pédale de frein.

Le SUV zéro émission de Mercedes s'apprécie aussi pour son confort et sa technologie. Très silencieux, l’EQC donne le sentiment de voyager dans une bulle. On s’y sent bien, d’autant que le conducteur dispose d’un siège massant et d’un programme (Energizing) qui permet de bénéficier d'ambiances olfactives et lumineuses, en plus de la climatisation. Ce silence peut toutefois être rompu par un système audio surround Burmeister avec 13 haut-parleurs. Les aides à la conduite sont très présentes à bord. On peut évoquer les caméras qui aident à manœuvrer et surtout le GPS à réalité augmentée. Le conducteur peut voir les flèches du guidage se superposer à l’écran sur l’image que renvoie la caméra de bord à l’approche d’un carrefour. C’est étonnant et très utile pour ne pas se tromper de route. Sinon, les écarts de trajectoire sont corrigés au volant. Autre atout de l’EQC : il abaisse automatiquement la vitesse quand le régulateur est enclenché, en se basant sur la lecture optique des panneaux. L’écran de taille XXL se manipule en mode tactile ou bien à la voix (sachant que l’EQC intègre un assistant vocal).

C’est clairement un véhicule très complet, mais dont le niveau de prix (80 000 € au tarif public) le situe dans le Premium et même au-delà. A noter que Mercedes prévoit un autre SUV électrique de taille plus compact. Il aura pour l’EQA et sera produit en France, dans l’usine de Hambach en Lorraine. Ce modèle aura des lignes très proches du GLA de deuxième génération. D’ici 2025, pas moins de dix voitures électriques sont programmés dans la gamme.

Les constructeurs accélèrent leur virage vers la mobilité

(Paris, le 5 décembre 2019)

Face à Uber, BlaBlaCar et d’autres opérateurs, l’industrie automobile se diversifie et propose des solutions globales de mobilité. Les grandes manœuvres ont commencé pour offrir du service et atteindre une taille critique. Depuis déjà 10 ans pour Daimler (avec Car2Go) et 8 ans pour BMW (avec DriveNow), la mobilité partagée est une réalité pour ces deux fleurons de l’industrie automobile allemande. Au fil du temps, les offres ont essaimé en Europe et dans le monde. Tout récemment, les deux groupes ont même décidé de se regrouper pour fusionner leurs activités. Ils ont créé une société commune qui a pour nom Share Now. Cet ensemble donne accès à plus de 20 500 voitures (dont quelque 3 200 voitures électriques) dans 30 villes de 14 pays. Une force de frappe assez unique dans le milieu de l’auto, même si cela reste modeste par rapport à un service comme Uber, disponible dans 600 villes de 65 pays avec près de 4 millions de chauffeurs. Néanmoins, BMW et Daimler sont bien placés pour faire de l’autopartage avec des véhicules en free floating (sans stations) qui se louent grâce à un simple smartphone. L’autre intérêt, c’est que les services vont bien au-delà de la location. Il y a du transport à la demande (taxis, VTC), de la recharge pour véhicules électriques, du stationnement et même du transport multimodal.

Toujours chez les Allemands, Volkswagen a fondé Moia. La nouvelle marque de mobilité a déjà mis en place un service de transport à la demande avec des vans à Hanovre (150 véhicules d’ici 2020, puis 250 par la suite). Le même service a été déployé à Hambourg avec une centaine de vans électriques. La marque a distribué 5 000 invitations pour bénéficier de ce service avec chauffeur et dans une ambiance détendue (wi-fi à bord, recharge par prises USB). Moia veut retirer un million de véhicules des villes en Europe d’ici 2025. La marque proposera par ailleurs, en temps voulu, du transport autonome.

De ce côté-ci du Rhin, on s’active aussi dans les nouvelles mobilités. Le groupe PSA a créé une filiale, Free2Move. La marque propose des services dans 13 pays sur 3 continents pour devenir « LA solution pour bouger et aller de l’avant » (dixit le site du groupe PSA). A travers l’application éponyme, on peut ainsi accéder à 50 types de mobilité partagée, que ce soit la location de voiture, le vélo, la trottinette, le scooter en libre-service, les voitures avec chauffeur, et même les transports en commun. Free2Move est aussi un moyen pour PSA d’aborder le marché américain.

En comparaison, Renault est moins avancé. La marque propose cependant de l’autopartage. Elle est présente à Paris avec Moov’in Paris et un peu partout en France sous le nom Mobility. En Espagne, il y a aussi le service Zity à Madrid. La location se fait à 100 % en mode digital. Le portefeuille comprend par ailleurs Marcel (service de VTC avec des ZOE), sachant que le constructeur a aussi investi dans des start-up en lien avec les nouvelles mobilités (Karhoo, Yuso, Como, iCabbi, Glide). Renault a du coup créé une nouvelle entité qui a pour nom M.A.I (Mobility As an Industry). Sa vocation est de réunir l’ensemble des activités mobilités du constructeur et de créer des synergies. Cela permettra de simplifier la chaîne de décision, de clarifier les offres existantes et d’en créer de nouvelles.

Chez les Américains, Ford est le plus en pointe. Il propose à travers la division Mobility des services comme GoRide (transport de personnes âgées pour recevoir leurs soins), du transport à la demande (Transloc) et de la trottinette (Spin).

Les constructeurs asiatiques ne sont pas en reste. Hyundai vient de lancer une société dédiée aux services de mobilité à Los Angeles. Elle a pour nom MoceanLab. Elle débutera avec un service pilote d’autopartage. Ensuite, l’entreprise devrait proposer un service de courses en taxis autonomes, ainsi que des services de transport multimodaux. Avec sa société MoceanLab, Hyundai a pour objectif de réduire le trafic routier à Los Angeles et de faciliter les transports dans la ville américaine, qui doit notamment accueillir les Jeux Olympiques de 2028. Du côté des japonais, Toyota a surtout investi chez Uber et chez Didi Chuxing (l’équivalent chinois du géant du VTC). Le groupe va aussi profiter des JO de Tokyo de 2020 pour étrenner sa navette autonome, l’e-Palette.

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